… mais aussi de Motörhead, Long Ryders, Mick Jagger, Living Colour, Talking Heads, Misfits, et bien d’autres encore.

Le nom d’Ed Stasium est associé aux plus grands artistes de Mick Jagger à Living Colour en passant par les Long Ryders, les Talking Heads et Motörhead. Mais bien sûr, plus que tout, c’est sa fidélité au groupe les Ramones qui a marqué les esprits. Il est entré dans l’histoire en les enregistrant sur Leave Home, sa carrière de producteur continua avec eux sur Road to Ruin et It’s Alive et ceci jusqu’à Mondo Bizarro, dernier grand album des Ramones. C’est naturellement que Ed Stasium participe aux rééditions anniversaires du groupe et en l’interviewant nous évoquons sa passion pour la musique des Ramones et son amour de l’enregistrement.
Thee Savage Beat : D’où vous est venue la passion de la musique ?
Ed Stasium : Dès le berceau, je pense. Il y avait toujours de la musique à la maison, la radio et les disques. On habitait le New Jersey, mais on écoutait les radios de New York et je me souviens d’une émission avec le DJ Martin Block qui s’appelait « Make Believe Ballroom » (le bal des chimères), il passait le hit-parade, donc je connaissais toutes les chansons des années 50. J’ai grandi dans les années 50 et 60, et jeune, j’ai été exposé à toute la musique de cette époque. On avait un petit tourne-disque à la maison, il n’était même pas en stéréo. J’écoutais Frank Sinatra, Louis Prima, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Glenn Miller et bien sûr les grands succès de Tony Benett, tous les standards des années 50. Le rock and roll est entré dans ma vie en 1959 quand j’ai eu 10 ans, et qu’on m’a offert un transistor. Je pouvais alors choisir d’écouter les radios de mon choix, c’est comme ça que j’ai commencé à acheter mes premiers 45 tours.
Premier enregistrement en tant que producteur ? Comment avez-vous appris les rudiments de l’enregistrement et de la production ?
Entre 7 et 9 ans je prenais des leçons de piano et puis j’ai eu mon transistor. Mes parents étaient de condition modeste, mais ils gardaient toujours de l’argent pour un cadeau de Noël. J’ai tout de suite été intéressé par les magnétophones. En 1961, j’ai eu un magnétophone mono électrique, et j’enregistrais les chansons à la volée diffusées par la radio.. En 1963, c’était la Beatles mania, et ils m’ont offert une guitare électrique. Avec des amis, j’ai commencé à jouer dans des groupes à l’école, c’est là que j’ai appris les bases tout seul. J’étais le gars qui connaissait les accords. Mon dernier groupe au lycée c’était The Psychotics. La musique psychédélique commençait à émerger dans les années 1966-67, et en fait, c’est mon prof de maths, féru de musique, qui a trouvé le nom de notre groupe, inspiré de la chanson du Count Five, « Psychotic Reaction ». Je crois que mon talent de producteur vient de là, de ces groupes de jeunes, apprendre les chansons, les enseigner aux autres, même pour la batterie – je connaissais les partitions de tout le monde, même si c’était rudimentaire, et j’écrivais toutes les paroles. Ensuite, avec le groupe qui s’appelait « The Cartoon », mais on a dû le changer, car c’était déjà pris par le groupe de Jimmy Page. On s’est rebaptisés « Men Working », puis finalement « Brandywine ». On a tourné dans la région de New York et du New Jersey grâce à notre manager Barry Lander et j’ai installé un petit studio d’enregistrement chez lui. C’est là que j’ai réalisé mon premier enregistrement. Avec les Brandywine on a signé chez Brunswick Records et on a sorti notre tout premier disque en 1970. Plus tard, j’ai commencé à faire partie de l’équipe fondatrice du studio « Power station » avec Tony Bongiovi et Bob Clear Mountain et c’est à ce moment-là que j’ai commencé mon association avec les Ramones.
Votre nom est associé au groupe les Ramones. Nous fêtons cette année les 40 ans de la sortie de « It’s alive »…
En fait, c’était l’idée de Seymour Stein, le président de Sire Records, de faire un enregistrement live des Ramones, et c’était le moment idéal parce qu’on avait sous la main plusieurs enregistrements de shows en Angleterre. On a enregistré plusieurs concerts dont celui du Rainbow Theatre, le concert de It’s Alive. Seymour pensait que ça apportait un intérêt car l’énergie live des Ramones n’avait jamais été gravée sur disque. Il voulait montrer au monde ce qu’ils représentaient vraiment en concert.
Quelles rencontres vous ont marqué à cette période ?
J’étais plus soucieux de faire enregistrer le groupe. Le groupe jouait toujours les mêmes morceaux. Au concert du Rainbow show le 31 décembre, pour la veille du nouvel an de 1978, il y avait Elton John et sont venus backstage un tas de monde dont des membres des Sex Pistols et des membres des Pretenders. J’étais un grand fan d’Elton John, et j’ai passé quelques soirées à traîner avec lui. Il y a une anecdote marrante : après le concert, son manager organisait une grande fête pour le nouvel an. On est parti en limousine du concert avec moi, les Ramones, Danny Fields, Linda Seymour, Stein Seymour, Arturo Vega le superviseur lumière, Monte Melnick le tour manager. Et puis on s’est retrouvé au milieu d’une foule immense de milliers de personnes à Trafalgar Square. On est arrivé à la fête de John Reed pas avant 2:45 du matin et il nous attendait. On était les seuls dans le restaurant. Johnny était marrant. Les Ramones ne supportaient plus la nourriture indienne servie backstage, ils se plaignaient toujours du curry, donc Linda Stein s’était assuré que John Reid s’occuperait du hamburger de Johnny Ramone car Johnny les adorait. Et finalement il a eu son hamburger à 3 heures du matin pour le nouvel an.
Comment s’est déroulé l’enregistrement ?
Je n’ai rien enregistré d’autre en live avant la tournée en Angleterre, c’était la première fois que j’enregistrais les Ramones. Nous avions un studio d’enregistrement mobile, qui appartenait à Chris Blackwell de Island Records, à l’extérieur de la salle de concert. Chris avait les studios Passing Street Studios. Ce fut assez simple à enregistrer. Quelques gars de l’équipe ont disposés des micros et il y avait juste à appuyer sur le bouton record. La philosophie c’est ça : Place les micros et laisse-les jouer. Il fallait ensuite écouter et mixer. Il n’y a pas eu les complications que l’on peut rencontrer lors d’enregistrement studio quand on doit faire des overdubs pour les guitares ou les chœurs. Quelques soucis d’ondulations mais c’est facilement rattrapable sur le live. On a donc mixé soigneusement le disque live.
Pouvez-vous nous dire si l’album « It’s Alive » recevra le même traitement que les rééditions 40ème anniversaire des trois premiers albums ?
On va garder le mix original du Rainbow Theater. On va optimiser le mix des trois autres shows qui n’ont pas été réalisés soit Birmingham le show du 28 décembre, Stoke-On-Trent le 29, et Aylesbury le 30. Cela sera inclus dans un coffret sur lequel je vais travailler. J’y ajouterai peut-être des notes personnelles dans le livret. Il y aura sûrement un double vinyle et c’est vrai que le disque original n’a pas eu une vraie sortie aux États-Unis, l’album n’est jamais sorti en vinyle là-bas, il était disponible jusqu’à maintenant en Import et en CD depuis les années 90. J’espère que l’on pourra avoir l’ensemble du concert filmé, il manque 6 titres sur la version précédente du DVD alors que l’intégralité du concert existe. Il y a une possibilité de l’inclure en Blu-ray dans le coffret si on a les droits. Le Rainbow Theater est le seul show à avoir été filmé, il est sorti il y a quelques années sur le DVD « It’s Alive » mais pas l’intégralité du concert.
Le film « Rock’n’roll High school » fête également ses 40 ans. Comment le groupe a été choisi pour figurer dans le film ?
Le réalisateur était un gars qui s’appelle Allan Arkush. Ce film c’est marrant, je l’ai regardé il y a peu avec mon amie et c’est vraiment très drôle. Mon explication est qu’en fait le groupe Cheap Trick ne voulait pas participer au film et Allan, le réalisateur qui était un super fan des Ramones, contacta alors Sire Records. Ils se sont rencontrés, quand les Ramones ont lu le scénario, ils ont trouvé l’idée sympa, le deal était fait. Les Ramones ont écrit « I want You Around » et « Rock’n’Roll High School » spécialement pour le film. Ce fut un moment particulièrement agréable pour eux de faire une parenthèse dans leur carrière avec ce film un peu crétin comme Rock’n’Roll High School. Un film aujourd’hui culte.
Et puis il y a eu « End of the Century », qui aurait pu causer la fin du groupe. On attend aussi la réédition anniversaire. C’est un bon souvenir ?
C’est un bon souvenir, c’était super de connaître Phil Spector qui était comme un héros « gênant » mais que je respecte toujours. Mon sentiment personnel à propos de la mort de cette femme est que ce fut un accident. Il était connu pour porter des flingues mais je ne crois que cela soit intentionnel. En ce qui concerne les bonus de End of the Century, nous ferons un remix de « I Want You Around » et « Rock ‘n’Roll High School ». Normalement, ce sera Rick Rubin (Producteur de Mick Jagger entre autres) et moi qui ferons un remix de l’album. Johnny aurait voulu que cet album sonne comme un véritable album des Ramones. Il y a pour le coffret d’End of The Century des bandes entières de démos, il y aura bien sûr un LP, on inclura le nouveau mix sur ce LP, et il y aura sans doute un live de cette période à ajouter au coffret.
Quels groupes se rapproche de l’esprit des Ramones aujourd’hui selon vous ?
J’aimerais faire un album brut avec Green Day. Ils travaillent beaucoup leurs disques, je pense qu’ils n’arrivent pas à sonner comme ils le mériteraient. J’ai rencontré Billy Joe mais je ne lui ai jamais dit que j’aimerais faire un disque avec eux. Je voudrais aborder l’enregistrement avec le même traitement qu’avec les Ramones : enregistrer très rapidement. Je ne voudrais pas passer les trois ou quatre mois qu’ils passent sur un disque.
Ce que vous aimez chez les Ramones, ce que vous n’aimez pas ?
Tous les groupes de rock sont influencés par les Ramones, s’il n’y avait pas eu les Ramones, je ne pense pas que le Rock and Roll continuerait aujourd’hui… Ce que j’aime chez les Ramones, c’est leur esprit, leur jeu et leur simplicité. Ils prouvent, en particulier Joey, à beaucoup de gens, que n’importe qui peut surmonter ses handicaps et ses maladresses, se procurer un instrument, jouer et écrire de superbes chansons sur des sujets amusants. Ils étaient très influents et je vois que beaucoup de gens adorent les Ramones. Ce que j’aime le plus chez eux, c’est leur simplicité et leur humour. Et ce que je n’aime pas chez eux c’est le fait que tous les membres d’origine ne soient plus parmi nous, et ne soient plus là pour profiter du succès et de leur vraie popularité aujourd’hui. Cela m’attriste énormément.
Interview : Frédéric Quennec (Aide à la traduction : Nicolas Quennec)
Paru initialement dans le Dig it ! #76 (Décembre-Janvier 2019-2020).
Site officiel Ed Stasium : https://edstasium.com/
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