Interview: Rick Maymi (The Brian Jonestown Massacre, Baihu)

« On prenait du LSD et on jouait de la musique toute la journée », Rick Maymi nous parle du Brian Jonestown Massacre, de la musique chinoise et de son oncle qui jouait dans le Grateful Dead. Sa vie est passionnante. Pour les aficionados du psychedelisme moderne, Ricky Maymi n’a pas besoin d’être presenté. Pour les autres, il est le co-fondateur du The Brian Jonestown Massacre et du groupe The Imajinary Friends et de Baihu son nouveau groupe. Maymi est resté à l’affut depuis les années 90s, il est aussi un promoteur, tour manager, multi-intrumentiste et acteur engagé de la scène indé chinoise. Il est difficile d’expliquer toutes les formations musicales dans lequel il est impliqué au risque de s’y perdre (The Wild Swans, Baihu et beaucoup d’autres). Dans cette interview, Ricky a gentiment accepté de se livrer sur sa vie qui se déroule sur trois continents, depuis son enfance haute en couleur avec son oncle Vince. Et il a essayé de démêler, avec altruisme, le fil de ses différentes connexions musicales depuis son lieu de confinement à San Francisco.

Thee Savage Beat: Salut Ricky ! Peux tu te présenter ?

Ricky Maymi: Salut! Je suis Ricky Maymi. Je suis avant tout musicien et mélomane. J’ai cette chance. Je suis originaire de San Francisco, je vadrouille entre l’Australie, la Chine, l’Europe et les États-Unis depuis de nombreuses années. Je joue dans Brian Jonestown Massacre depuis 2003, mais j’étais dans le line-up original jusqu’en 1993. Je réalise également des disques avec The Imajinary Friends, Wild Swans, Mellow Drunk, Baihu, The Telescopes et Steve Kilbey de The Church, entre autres. En plus de cela, j’ai également joué avec de nombreux artistes différents comme Sonic Boom’s Spectrum, The Triffids, JP Shilo et j’ai effectué bien d’autres guests performances en cours de route, ici et là. Je produit des groupes en Australie, en Chine et aux États-Unis depuis plus d’une décennie. De temps en temps, je donne des conférences à l’université et je fais des travaux de groupe pour des organisations musicales et je suis occasionnellement membre d’un jury pour les Douban Music Awards en Chine!

Où vis-tu en ces temps de Corona virus ?

Eh bien, je passe la plupart de mon temps dans l’isolement chaque fois que l’occasion se présente. Je venais de rentrer du Royaume-Uni aux États-Unis pour passer des vacances en famille et je suis resté coincé en Amérique depuis à cause de la pandémie. En ce moment, je passe mes journées essentiellement en compagnie de mes chats, ce qui me va très bien. J’aime passer mes journées dans la paix et la tranquillité.

Quel est ton top ten des albums à écouter en confinement ?

Thomas Dolby – The Golden Age Of Wireless

Metro – Future Imperfect

The Tubes – Remote Control

Yukihiro Takahashi – Neuromantic

The Triffids – Born Sandy Devotional 

Be Bop Deluxe – Sunburst Finish

Bill Nelson – Getting The Holy Ghost Across

Lloyd Cole & The Commotions – Rattlesnakes

Aztec Camera – High Land, Hard Rain

Pale Fountains – Pacific Street

Qu’écoutais-tu dans ta jeunesse et maintenant ?

Étrangement, j’écoute toujours tout ce que j’ai toujours aimé au cours de ma vie. J’écoute encore beaucoup de musique que j’écoutais enfant : David Bowie, The Kinks and The Beatles, Roxy Music, Men At Work, Thomas Dolby, Culture Club! J’aime tout! Ensuite, il y a eu Mary Chain, Lloyd Cole, Love & Rockets, Japan / David Sylvian et Bill Nelson. Ce sont grandes obsessions musicales pour moi. Encore aujourd’hui. Mes goûts musicaux sont si variés, en ce moment j’écoute Melon, qui deviendra plus tard Water Melon Group. Melon a été formé par d’anciens membres de The Plastics. Un groupe japonais légendaire.

The Plastics

Peux-tu nous parler de ton oncle qui jouait dans le Grateful Dead ?

Bien sûr! Oui, j’ai toujours voulu être comme lui.

Tu peux nous en dire plus sur cet oncle « Vince » ?

 Mon oncle, Vince Welnick, était un membre fondateur de The Tubes, il est resté avec eux tout au long de l’âge d’or du groupe. Il a ensuite rejoint Todd Rundgren et plus tard The Grateful Dead. Il a eu une énorme influence sur moi à tous égards! J’adore les histoires de The Tubes en tournée avec Yellow Magic Orchestra, Be Bop Deluxe, David Bowie, Wire, The Stranglers, Squeeze. Puis il y a eu toutes ces histoires de jam avec Eno, Dylan et tant d’autres comme Merle Saunders, Henry Kaiser, les frères Marsalis, la liste est longue. J’ai eu la chance de jouer avec lui sur des albums comme Smallstone et Tipsy. J’allais aux concerts de Tubes, Todd Rundgren et Grateful Dead chaque fois que je le pouvais! Quand Vince a rejoint les Grateful Dead, mon oncle m’ envoyait la limousine pour venir me chercher et m’amener moi et mes amis au spectacle! La limousine nous ramenait aussi à la maison.

The Brian Jonestown Massacre

Quels sont les trucs les plus fous que tu as vécu avec le Brian Jonestown Massacre au cours des tournées, de la vie quotidienne ?

Je ne suis pas libre de divulguer les trucs les plus fous… Ceci afin de protéger les innocents qui ne sont pas là pour se défendre.
Tu sais, ce qui se passe sur la route, reste sur la route, comme on dit. J’ai de bonnes raisons pour dire ça ! Tout ce que je peux dire, c’est qu’on en a fait des conneries…

Qui a trouvé le nom du groupe « Brian Jonestown Massacre » ?

Nous étions sous LSD et on jouait de la musique toute la journée. Soit Anton, soit Travis l’a inventé. Travis a créé le logo.

Un groupe psychedelic doit-il prendre des drogues pour être créatif ?

J’ai arrêté toutes les drogues psychédéliques à l’âge de 21 ans. C’était un truc de jeunesse. Ca peut avoir du sens, mais on doit être conscient de ce qu’on fait. Personnellement, je pense que les antidépresseurs c’est de la merde. Je pense que chacun doit trouver une alternative à ça, pour s’en détacher. Je souhaite que chacune de ces personnes se sentent bien avec elles-mêmes.

Vous vivez un peu partout dans le monde les Brian Jonestown Massacre. Où vous retrouvez vous ?

Nous nous retrouvons tous au même endroit, généralement Berlin. Ensuite, nous répétons pendant une semaine, puis nous prenons le bus pour partir en tournée !

The Brian Jonestown Massacre

Que penses-tu de l’Epée le nouveau groupe d’Anton Newcomb ? Comment vois-tu le futur pour les BJM ?

C’est cool! Wen Yuzhen de Birdstriking a réalisé le graphisme de L’Epée!
Nous avions prévu une tournée BJM cette année, mais c’est mort. Espérons qu’en 2021, nous pourrons rejouer!

Mon album favoris de BJM est ma K7 de Pol’s Pot Pleasure Penthouse, il est sorti sur Burger Records. Tu peux nous dire deux mots sur cet album ?

C’est mon album préféré aussi! Toute la musique est de Anton enregistré sur un 4 pistes, avec Travis sur la majorité d’entre elles. Ils enregistraient au moins un titre chaque jour. Tout a été fait sur l’équipement de Sean Curran, des The Sickerthings, qui à l’époque était dans le groupe Nebtwister. C’était le colocataire d’Anton. Anton avait l’habitude de nous préparer le dîner tous les soirs, des viandes bio de la ferme des parents de sa petite amie Sally…

Que t’as inspiré l’affaire Burger Records ?

Depuis le début, ce sont des mysogines qui sont aux commandes. Ça n’a rien de nouveau. Je suis consterné mais pas surpris d’apprendre que ce genre de chose se passe sur la scène musicale. Je ne sors pas, je suis papa, je suis d’âge mûr et je considère tout le monde comme l’enfant de quelqu’un. Je suis heureux que des gens soient dénoncés pour avoir abusé de ces pauvres jeunes filles. Nous sommes tous responsables de notre propre comportement, peu importe à quel degré nous sommes en perdition.

Le groupe chinois Baihu

Dans quels autres groupes de musique as-tu aussi évolué ?

Je joue dans un groupe avec des membres de Birdstriking (NDLR : excellent groupe chinois) appelé Baihu. Nous avons un album qui sort en Chine, « Power of the Light  –  Beauty of the Shadow » sur Ruby Eyes via Taihe Music Group, le plus grand label en Chine. Je joue dans The Wild Swans, Je joue dans Mellow Drunk avec Leigh Gregory. Avec Mellow Drunk nous avons un nouvel album intitulé « One Thousand Lights » sur Tip Top Recordings, qui, je crois, a une connexion en France. Je joue aussi dans les Imajinary Friends avec Tim Digulla, Tipsy et Travis Threlkel (membre fondateur du BJM).

Rick Maymi dans les années 80

Tu as aussi joué dans les Wild Swans, un groupe anglais des années 80, quel souvenir en gardes tu ?

En fait, j’ai rejoint The Wild Swans en 2007 et nous venons de terminer les morceaux d’accompagnement d’un nouvel album, cette fois avec Marty Willson-Piper (The Church / All About Eve) et Edgar Jones (The Stairs). The Wild Swans est un groupe renommé de Liverpool de 1981 qui a fait son premier single (NDLT/ « Revolutionary Spirit ») sur ZOO Records de Bill Drummond . Il a été produit et financé par Pete De Freitas d’Echo & The Bunnymen, qui joue également de la batterie sur celui-ci. Il y avait deux albums acclamés par la critique sur Sire Records dans les années 80, « Bringing Home The Ashes » (1988) et « Space Flower » (1990). Puis notre leader, Paul Simpson, a fait de la fantastique musique d’ambiance rétro futuriste sous le nom de groupe de Skyray pour le label « Space Age Recordings » puis « Ochre ».
C’est ainsi que nous sommes entrés en contact car je travaillais avec ces labels quand je jouais pour le groupe The Imajinary Friends. Quand Paul et moi avons redémarré The Wild Swans, c’était avec Mike Mooney du groupe Spiritualized et Julian Cope, ainsi que Les Pattinson d’Echo & The Bunnymen. Après avoir réalisé l’album « The Coldest Winter For A Hundred Years » (2011) nous sommes partis tournée avec Stuart Mann à la batterie (plus tard BJM) au Royaume-Uni et aux Philippines, où la popularité du groupe est ENORME !! Un nouvel album des Wild Swans est à venir dans un avenir pas trop lointain (j’espère).

Des histoires te reviennent sur ton groupe de San Francisco, The Imajinary Friends ?

Nous avons eu le chèque pour faire notre premier album avant même de répéter! Ha! J’aurais du prendre des cours avec cet argent!
Nous avons essayé d’avoir le rappeur Paris sur notre dernier album mais il voulait beaucoup d’argent pour écrire le titre! Donc, nous avons Moog Morgan, qui a écrit de fantastique paroles EN FRANÇAIS! Elle a également enregistré sa propre piste vocale et nous l’a envoyée! C’est une star! Elle a chanté avec BJM à St Malo en 2018, (avec Stuart Mann de The Wild Swans à la batterie).

Où te sens tu le mieux dans le monde ?

Dans l’hémisphère sud, l’Australie ou Nouvelle-Zélande, après c’est la Chine et puis l’Europe du nord.

Peux tu nous parler de ton nouveau projet avec des membres de l’excellent groupe chinois Birdstriking qui se nomme Baihu ?

Oui, nous avons fait une tournée en Chine à la fin de 2018 pour promouvoir l’album « Power of the Light  –  Beauty of the Shadow ». Le chanteur, Monkey, est également le chanteur de Gate To Otherside et aussi le batteur de Birdstriking. Certains membres étaient également dans Carsick Cars. Yang Fan de TOW / Ourself Beside Me / Hang On The Box est dessus aussi! J’espère que nous pourrons bientôt refaire un autre album!

Okay Ricky, cite-nous 10 groupes chinois excellents à découvrir d’urgence dans tous styles de musique !

Juste de la bonne musique.

1: Birdstriking

2: Chui Wan

3: White+

4: TOW

5: The Molds

6: Gar

7: Duck Fight Goose

8: Mr. Graceless

9: Dear Eloise

10: Carsick Cars

JUST GREAT MUSIC!

Comment expliques-tu que le rock chinois soit si confidentiel ? Le racisme ? Un certain interdit dans son pays ?

J’ai beaucoup appris sur le racisme anti-chinois depuis que j’ai commencé à produire et distribuer des groupes chinois et à organiser des tournées internationales de groupes chinois. La xénophobie est bien vivante. Même dans la musique rock, très élitiste. L’idée reçue, c’est que « indie » ou « punk » sont chasse gardée de l’Occident. Je trouve que ce sont des conneries. Parce que l’Occident est trop intrinsèquement conservateur, gentrifié et homogène pour que le véritable esprit du rock and roll y perdure, et il doit tendre la main à de nouveaux territoires. Pékin était l’endroit parfait. La Chine n’est pas liée à l’histoire de la culture populaire rock comme le reste du monde, donc ils ont une vision vraiment nouvelle de tout. Joy Division et The Velvet Underground signifient bien plus en Chine que les Beatles ou les Stones ou Elvis. C’est une perspective très différente. Faudrait demander aux Chinois, vaste sujet. J’ai déjà fait beaucoup.

Rick Maymi (à droite)

En quoi crois-tu ?

L’Amour, la paix, l’harmonie, la compassion, l’acceptation, l’empathie, l’esprit rock and roll.

Interview et traduction : Frédéric Quennec / Aide à la traduction : Nicolas Quennec

Page officielle :

https://thebrianjonestownmassacre.com/
https://baihu.bandcamp.com/

Page facebook :
https://www.facebook.com/thebrianjonestownmassacre

https://www.facebook.com/BaihuBeijing

Lien Baihu

https://baihu.bandcamp.com/track/train-of-light

Publié par theesavagebeat

Ce blog propose des articles, principalement des interviews, sur des artistes ou groupes rock, punk rock et rock garage. Il est basé à Nantes (France). Le nom Thee Savage Beat est un hommage au groupe nantais Thee Death Troy ainsi qu’au titre des Dictators « The Savage Beat ». Ce blog est tenu par Frédéric Quennec et Nicolas Quennec.

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