Le Schizophénomène de San Diego

Pour les adeptes de High energy, les Schizophonics sont le nouveau phénomène rock-garage venu de San Diego.
Dès les premières notes de leur 1er EP » Ogga Booga », on pense au MC5 avec le break d’intro et la voix puissante. Sur ce disque sorti en 2017 (il aurait pu aussi bien sortir en 1969), les guitares sont acérées, le titre « Electric » se termine en jam ressuscitant l’Expérience de Jimi Hendrix. Pour le reste le son est assez sixties, certains titres auraient pu se retrouver sur le mythique Nuggets de Lenny Kaye ou pas loin car les Schizophonics combinent les éléments les plus diaboliques de la musique high energy pour infecter les ondes des années 60 et 70, avec goût et habileté.
Le guitariste Patrick Beers livre à chaque nouvelle prestation live un furieux mélange de MC5 et de Little Richard dont il vénère les racines rock’n’roll. Il faut dire que Pat et Lety, sa compagne, ont fait leurs classes en backing band du grand Robert Lopez alias El Vez. Confirmation à Nantes lors de leur passage pour leur dernière tournée 2019, c’est dans un cadre proche des Machines de l’ile qui fut inaugurée en 2007 avec un concert d’El Vez que les « Schizos » prennent possession des lieux. Pat Beers très en forme, malgré un problème de panne de van dans la journée, ne laisse aucun répit à son auditoire, roule sur lui-même, il exécute même le « Trick », célèbre lancer du micro cher à James Brown. Le répertoire contient des morceaux prometteurs du prochain album. Lety Beers et le bassiste ne sont pas en reste et maintiennent le tempo jusqu’à quelques soli plus tard où un « Whole lotta shakin’ on » tonitruant de Jerry Lee et une reprise de Little Richard ravissent un public nantais conquis.
Avant leur conquête du territoire européen, nous avons eu le plaisir de faire le point avec Pat sur leur carrière et leur actualité…
Thee Savage Beat : D’où vous vient l’inspiration ?
Pat Beers (Schizophonics) : J’aime l’art et le style Mid-Century, les films, les vêtements, en plus de la musique. Les voyages, les tournées, les balades dans la nature avec mon chien, ça m’inspire énormément. A partir du moment où je suis en mouvement.
Comment vous êtes-vous rencontrés avec Lety ?
On s’était croisés au lycée. Lety jouait de la guitare dans un groupe de reprises des Ramones, je jouais de la basse lors de quelques répétitions, ensuite on s’est perdus de vue pendant quelques années. Finalement on s’est retrouvés, et ça a collé. On s’est mis à jouer ensemble quand on a déménagé à San Diego.

Pourquoi le nom « Schizophonics » ?
A l’origine, c’était un nom pour un groupe de soul, un projet qui n’a jamais abouti. Ça devait sonner comme un groupe du style Delfonics. On avait beaucoup de mal à dénicher un nom, donc on s’est rabattu sur celui-là, même si j’ai jamais été complètement fan.
C’était comment les tournées à vos débuts ?
Lors de nos premières tournées, on était en première partie de El Vez, donc on avait beaucoup moins de pression sur les épaules à l’époque. On n’avait pas la moindre idée de comment s’organisait ce genre de chose, et il nous a tout appris. Et surtout, il nous a montré que c’était possible. On a bénéficié de l’aide de formidables tourneurs et chauffeurs en Europe, mais tout l’aspect pratique, c’était Lety, qui appliquait ce que Robert nous avait enseigné.
Vous étiez aussi son backing band…
C’est l’expérience la plus formatrice qu’on ait eu en tant que groupe. Lety n’avait que quelques années d’expérience à la batterie, et j’étais novice dans l’écriture de chansons. On n’avait jamais joué soir après soir avant, ni appris quelque chose d’aussi complexe qu’un show de El Vez. On ouvrait avec notre propre set, et c’était un challenge chaque soir de prendre le dessus sur la foule. S’ils nous détestaient, on devait quand même revenir 15 minutes plus tard comme backing band. On avait cette grande vénération pour Robert en tant que performer, qui nous poussait toujours au-delà de nos limites. C’était comme un boot camp pour groupe de rock.

Avant les Schizophonics, il y a eu les Little Richards…
C’est venu de Robert Lopez (alias El Vez) et de notre amour commun et obsessionnel pour Little Richard, que j’ai toujours considéré comme l’incarnation parfaite de l’énergie du rock and roll. Ce groupe a apporté aux Schizophonics une couleur musicale qui manquait à notre son. Maintenant, on clôt chaque concert avec un titre de Little Richard, et dans notre prochain album il y aura un titre inspiré par lui.
« D’habitude j’ai peur de rencontrer mes héros, et si c’étaient en fait des abrutis ? »
Sur scène vos reprises vont de « Voodoo Child » d’Hendrix à « Kick out the Jams » du MC5. Y a-t-il une reprise que vous ne feriez pas ?
Une fois on a essayé de reprendre une chanson de Prince, ça sonnait affreusement, et on a réalisé que c’était un manque de respect à l’original. J’aime quand un groupe fait une reprise de quelque chose que je n’aime pas, et transforme ça en quelque chose d’excellent.
Parmi vos musiciens favoris, quelles rencontres vous ont marqué ?
On a rencontré récemment Wayne Kramer après un concert des MC5, il était cool, sympa. D’habitude j’ai peur de rencontrer mes héros, et si c’étaient en fait des abrutis ? Mais, par chance, j’ai trouvé la plupart de ces gars super sympas. J’ai la chance, je peux dire que la plupart de mes héros sont mes amis, comme Robert Lopez alias El Vez, Mike Stax, The Mighty Manfred et John Reis.
Que connaissez-vous de la France ?
On a fait une petite tournée en France l’été dernier. Les gens sont sympas et passionnés de rock and roll. On a hâte d’y retourner. J’adore jouer dans des endroits hors des sentiers battus, et voir du pays.
Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ?
Mon chien Beanie, ma guitare, mon LP « Chants R&B » (Norton Records).
Des projets ?
On rentre en studio et on va enregistrer 12 chansons pour le prochain album qui sortira je l’espère l’été prochain. J’ai hâte de jouer ces nouvelles chansons et de repartir en tournée.
Interview : Frédéric Quennec / Traduction : Nicolas Quennec
Article initialement publié dans Abus Dangereux #151 – (Juillet-Septembre 2019)
The Schizophonics en concert à Rennes (L’Ubu), lundi 27 janvier 2020.
Land Of The Living LP (Sympathy for the The Record Industry)
People in the Sky (Pig Baby US Records, 2019)
Ogga Booga EP (Pig Baby Records)
