La musique c’est une chose, le rock’n’roll c’en est une autre !

Si je vous dis Oblivians, Gories, New Bomb Turks ou encore Jon Spencer Blues Explosion, vous me répondrez immanquablement Garage Rock. A croire que les Anglo-saxons ont le monopole de cet indétrônable petit fils du rock’n’roll. Mais pas du tout, vous répondrais-je, car le garage rock français existe bel et bien, je dirais même que cette nouvelle vague est comparable à une lame de fond qui ravage tout sur son passage. Thee Savage Beat a voulu approcher de plus près ces adeptes de la déesse décibel et du dieu de la pédale fuzz, en rencontrant le principal combo garage français, signé sur Voodoo Rhythm (le label du révérend Beat-Man), à savoir, le groupe de Toulouse Destination Lonely !!! On ne présente plus Lo’Spider et son lourd passé rock’n’roll au sein des Jerry Spider Gang, ainsi que ses activités de producteur à Swampland où il a notamment enregistré les Spits. Marco Fatal faisait lui partie des fabuleux Fatals. Vous y ajoutez un troisième lascar, Wlad, ex-Beach Bitches et vous obtiendrez la Dream Team du garage noise trash made in France. Aujourd’hui sort un OVNI en double galettes, l’intitulé « Nervous Breakdown » avec en guest stars Arthur Larregle (Jc Satan) et Stefano Isaia (Movie Star Junkies)… Une musique hautement conseillée pour les dépressifs !!! Interview avec GDB mais sans langue de bois !!
THEE SAVAGE BEAT : Pouvez-vous vous présenter en une seule phrase ?
Lo Spider : tu prends n’importe quelle phrase de BeatMan et ça fait l’job ! « Masters of the heroin groove » / « Imagine young Lemmy’s Mototörhead trio schizophrenic rockabilly aproach on a endless LSD trip » / “Far Out Over The Edge Filthy Desperate Fuzz” / “No hipster shit but pure no-fi farout wah wah overdose »… Et il en a plein d’autres comme ça !
D’où vous est venue votre passion pour la musique ?
Wlad : j’avais 12 ans, j’habitais à la campagne et mon oncle me file quelques K7 de punk, ça m’a rendu dingue…
Lo Spider : La musique c’est une chose, le rock’n’roll c’en est une autre ! Ben t’écoutes ça à 13 ans, tu fumes des pétards, tu bois des bières… T’as une bande de potes qui font les gogols en écoutant les Saints… Quoi de mieux ? Pourquoi changer… Comme dirait les Oblivians ?! Moi j’ai fait mon premier concert important en ouverture des Partners en 1986, pour la sortie de leur 45t… J’ai pas décroché depuis !
Marco Fatal : … J’ai toujours eu une passion pour les sacs poubelles

Quels sont les premiers disques qui vous ont marqués dans votre jeunesse ?
Wlad : Le premier que je me suis acheté, Macadam Massacre 12 francs chez un disquaire avenue de la rep à St Nazaire. la compile de Metal Urbain « l’age d’or » achetée a Auchan, puis le premier DK (Dead Kennedys) : Ça m’a guéri de beaucoup de choses…
Lo’ : Pour moi, la compil Rockabilly Psychosis & The Garage Disease… J’étais un peu psycho sur les bords quand j’avais 13 balais, j’achetais les Stomping at the Klub-foot, Psycho attack over Europe, mais j’y trouvais rarement mon bonheur… Puis arrive cette compil et ce grand mélange entre vieux groupes fifties ou sixties et groupes actuels… Et puis au milieu les Sonics ! Gros ravages dans mon cerveau pré-pubère. L’année d’après je tombe en pâmoison à l’écoute d’ Eternally Yours des Saints… Puis Radio Birdman, les Damned, Lyres, DMZ, les Stooges, le MC5…
Marco : ouais, Alpha Blondy… Non plutôt Jimmy Cliff ! Laura Branigan, “The Lucky One” ou “Material Girl” de Madonna…
Comment s’est passé votre rencontre ? Comment le groupe s’est t-il formé ?
Lo’ : On se connaît tous depuis des plombes. A l’époque Marco et Wlad habitaient à Perpignan et moi à Toulouse. On allait souvent jouer les uns chez les autres, moi avec les Space Beatniks, Wlad avec les Beach Bitches… Plus tard ils sont venus habiter à Toulouse et ont fondé les Fatals, pendant que je tournais avec le Jerry Spider Gang. Quelques années après on a joué ensemble avec Wlad dans Blew-Up!. Marco, lui était à Bordeaux, où il a monté Complications avec Looch des Magnetix; puis Destination Lonely en 2009 à son retour à Perpignan. Après quelques disques et deux line-ups différents, il nous a demandé de rejoindre le groupe en 2013.
Être dans Destination Lonely est-ce un full time job ?
Wlad : Nope…
Lo’ : Carrément pas ! On se voit une fois tous les 2 mois pour répéter, bosser sur de nouveaux morceaux ou enregistrer… Après on essaie de faire une quarantaine de dates par an avec une ou deux tournées d’une douzaine de jours. On a tous des boulots justement… Et une vie bien chargée en dehors du groupe.
Marco : Moi c’est du full time job ouais… Mais j’aime pas beaucoup travailler !

En 2015, vous débarquez sur le label Voodoo rhythm, comment s’est fait le deal avec eux ?
Lo’ : Après avoir enregistré l’album on l’a envoyé à plusieurs labels (au moins 3 dont Sympathy For The Record Industry et Crypt qui ne faisaient plus rien à l’époque !) et BeatMan a dit oui… En fait je crois qu’il nous avait vu foutre le bordel à Binic, ça l’avait fait rire !
Marco : … Et puis il a une meilleure coupe de cheveux que Larry Hardy ou Long Gone John !
Sur cet album « Nervous Breakdown », vous reprenez les Troggs et les Stooges. Quelles sont les autres inspirations musicales du groupe ?
Lo’ : Y en a tellement ! Enfin si on se cantonne au groupe on peut citer Cheater Slicks (le nom du groupe vient de l’un de leurs album), les Country Teasers, Oblivians, Billy Childish et sa clique… Les Chrome Cranks, Hank Williams, Le bluessssssssss !
Wlad : La Villageoise 11,2° !
La production sur cet album est parfaite, a t-il été réalisé à Swampland à Toulouse ? Qui a enregistré et produit ? Comment s’est déroulé l’enregistrement ?
Marco : Ouais, Butch Vig a bien travaillé !
Lo’ : … Il a effectivement été enregistré à la maison. Deux sessions en 2017 et 2019. On enregistre live 6 ou 7 morceaux sur lesquels on prend le temps de rajouter le chant et quelques overdubs bien sentis. On fait ça entre nous avec l’apport de quelques potes (Mickey et Renaud des Limiñanas, Stefano des Movie Star Junkies, Arthur de JC Satan, Fred des Weird Omen, Johan de Dividers/Ismael Ardan, mon collègue de Jerry Spider Gang, Mighty Yo, Jérôme Sage et Eric qui joue dans Patrick, un duo Stoner-electro !)… Je mixe, la plupart du temps avec Marco…

On note une évolution notable par rapport à votre album précédent. Votre dernier album, « Nervous Breakdown » serait-il l’album de la maturité ?
Lo’ : Non. Je crois que ça veut rien dire ! Je le ressens pas en tout cas personnellement. Je crois qu’on peut encore pousser le bouchon et faire des trucs plus intemporels. Je ne rejette rien, bien au contraire, je suis hyper-fier et content, mais je ne parlerai certainement pas de maturité… La besogne plutôt, si ce n’est le talent, haha !
Marco : Parlons plutôt de maturation que de maturité !
La meilleure et la pire anecdote de tournée avec Destination Lonely ?
Wlad : Jouer devant un seul mec à Genève !
Lo’ : En plus il avait un t-shirt NOFX, était assis sur une chaise et se bouchait les oreilles ! Ouais c’était dur aussi de se fader le public des Limiñanas à Bruxelles, trois premiers rangs de cinquantenaires dont deux cougars devant moi, à genoux sur les retours à faire des gueules pas possible dès que j’appuyais sur la fuzz… Putain si t’aimes pas ça retourne prendre un mojito au bar d’à côté ! Et puis, on s’est fait une drôle d’introspection aussi en montant à Binic… On avait deux dates prévues pour faire la route, une dans une pizzeria sur l’île d’Oléron, inutile de te dire qu’au bout de trois accords, la salle était vide et les terrasses alentour aussi et l’autre à Lannion… cinq personnes au début, zéro à la fin avec un mec qui sort la tête du bar pour nous demander si on allait faire une cumbia. Il faisait froid, gris… On s’est bien demandé si le jeu en valait la chandelle ! Le lendemain on jouait devant 7000 personnes au Binic Folk & Blues Festival !
Côté positif… Tous les concerts avec les potes + le Reigning Sound à Paris, Mr Airplane Man à Toulouse, la Sardaigne (faut qu’on y revienne, Wlad était dans un hôpital à Turin après une attaque cardiaque… Ouais je sais, personne va nous croire !)… Ce concert de fou dans la campagne portugaise, les mecs rampaient sur scène et bouffaient littéralement les cymbales !
Le groupe s’appelle « Destination Lonely », l’album « Nervous breakdown »…Pourquoi, à votre avis, le rock’n’roll est il souvent associé à la frustration et la désillusion amoureuse, la solitude, le désespoir, La folie, l’aliénation, la dépression ? Quel est votre lien avec ces thèmes là ?
Wlad : Peut-être que c’est la seule musique qui raconte les choses de la vie plus ou moins sans filtre ?
Lo’ : Le “concept” vient de Marco Fatal. Un groupe de ballades violentes… Bon enfin s’est un résumé très subjectif. Un groupe pour exorciser ses vieux démons et les histoires trop compliquées à vivre… Bref, le blues quoi ! C’est toujours là qu’on a envie d’hurler sa douleur… Ou sa colère, sa frustration.
Marco : Tu vois c’est comme un épisode de Columbo… Sans Columbo !
La ballade « Follia » en italien est très belle de quoi parle-t-elle ? Qui la chante ?
Marco : Ah merde je croyais que c’était de l’Espagnol !
Lo’ : En fait on avait un morceau lent qu’on voulait dans une ambiance Lyres du début, soul (jusqu’à un certain point !) et évidemment on arrivait pas à la chanter ! On a demandé à plusieurs personnes de nous faire une version ; Arthur de JC Satan s’y est collé avec le texte et l’harmonie originale et ça donne l’incroyable Cry (enfin bon j’ai été aussi surpris que vous en l’écoutant !) et on a aussi demandé à Stefano des Movie Star Junkies de faire sa version, sans lui donner d’indications pour le coup… Ils nous a pondu Follia (La Folie), le premier morceau qu’il écrit et chante en italien… waouh, merci poteau ! Il doit nous envoyer le texte, mais on l’a pas pour l’instant !
A quoi fait référence la pochette de l’album ?
Marco : Budget restreint sur l’encre, peut-être ?
Lo’ : Ça faut demander à Beatman, c’est lui qui en a conçu et réalisé la pochette. En fait au moment où il a accepté de sortir l’album, il avait déjà une idée en tête et nous pas ! On lui a laissé la main… Un peu circonspects au départ, mais quand tu as l’objet sous les yeux, ça pète !
(Thee Savage Beat a interrogé Reverend Beat-Man à ce sujet, il nous a dit qu’il n’y avait aucune signification particulière à cette pochette)

Quel est votre double album préféré dans l’histoire de la musique ?
Lo’ : J’ai pas vraiment une passion pour les doubles albums… C’est compliqué un double album ! On peut citer Porcella des Deadly Snakes, le double live des Ramones, Zen Arcade d’Hüsker Dü… Peut-être l’album blanc des Beatles, mais y a quand même de sacrées merdes dessus !
Wlad : Country Teasers – Science Hat Artistic Cube Moral Nosebleed Empire.
Si vous pouviez choisir n’importe quelle destination dans le monde pour donner un concert, où iriez-vous ?
Wlad : le plus près de chez moi.
Lo’ : Aucune idée. Peut-être une tournée en Afrique… Les sources de la fuzz zambienne !
Marco : … Le plus près de chez Wlad !
Lo’ Spider, tu es un activiste très prolifique et reconnu sur la scène toulousaine, tu participais en tant que membre fondateur à l’émission Dig it Radio ! et le fanzine Dig it ! avec Gildas Gosperec. Peux-tu nous dire quelques mots sur l’arrêt de l’émission et du fanzine ?
Lo’ : Je fais partie de Dig It! depuis une vingtaine d’années (à la louche), mais le zine et l’émission existent depuis encore plus longtemps. Tout ça s’est mis en place sous l’impulsion de Gildas qui n’a pas lâché l’affaire 1mn depuis… Aujourd’hui on avait collégialement ressenti une certaine lassitude, avec pour ma part des sollicitations extérieures trop importantes pour se consacrer de façon optimale à Dig It… On en avait plein le cul, quoi ! Ça plus quelques problèmes de nature privée nous ont poussé à stopper Dig It !
Interview : Frédéric Quennec / Nicolas Quennec.
Bandcamp : https://destinationlonelyvoodoorhythm.bandcamp.com/album/nervous-breakdown
Pour acheter le nouvel album, Nervous Breakdown, cliquez ici.
Facebook Destination Lonely : https://www.facebook.com/Destination-Lonely-159732874076965/
Lien Voodoo Rhythm Destination Lonely : https://www.voodoorhythm.com/116-artists/destination-lonely.html
