Interview: Billy Childish (The William Loveday Intention)

Photo: Alison Wonderland

L’excentrique Billy Childish est une véritable institution outre-manche. Artiste touche-à-tout et très prolifique, il a créé de nombreux groupes et suscité nombre de vocations. Il voue une adoration pour Bob Dylan depuis sa plus tendre enfance. Avec son nouveau groupe, The William Loveday Intention, il revisite aujourd’hui son propre répertoire avec classe dans le style de son mentor. L’interprétation et l’orchestration sont ici magistrales, respectueuses, et habitées autant sur des reprises de Dylan telles que “Like a Rolling Stone” ou “Ballad of Hollis Brown” que sur ses propres titres comme par exemple “Girl from ‘62” (Thee Headcoats). Une dizaine d’albums est déjà sortie sur l’excellent Damaged Goods Records, et, connaissant Billy Childish, beaucoup d’autres sont à prévoir !

Thee Savage Beat: Toi qui a touché à tous les domaines :  Poésie, peinture, roman, musique, que penses-tu de l’affirmation de Gainsbourg selon laquelle la musique est un art mineur comparé à la peinture ou à la poésie ? Quel art te permet le mieux d’exprimer tes sentiments ?

Billy Childish: Je travaille dans tous ces domaines car ils m’offrent chacun des moyens de m’exprimer. La peinture et la gravure sur bois peuvent être très thérapeutiques et machinales. La musique peut être assez physique et plus cathartique. Elle est aussi souvent collaborative, et donc amusante si vous travaillez avec des amis et que vous aimez vous moquer les uns des autres, et plus généralement du monde. La poésie peut être automatique et vous libérer l’esprit. La peinture est également méditative. J’aime pratiquer ces disciplines séparément, et j’aime dans chacune d’entre elles le principe même de l’expression. J’aime l’originalité et la vérité qui en émanent. Je ne m’identifie pas à des groupes, que ce soient des artistes, des musiciens ou des compositeurs. Je ne me sens donc pas concerné par leurs opinions qu’ils croient importantes sur leur propre grandeur, ou sur la supériorité de la discipline  qu’ils ont choisie. On peut dire pour faire court que la nature humaine est par essence créative, et que malheureusement les gens laissent l’école, le travail, et le diable les priver de leur liberté.

Tableau par Billy Childish (2016)

 D’où t’es venue l’idée de monter le groupe The William Loveday Intention ? En quoi Dylan est-il une inspiration ?

Après avoir écouté “All along the Watchtower” de Bob Dylan, je m’y étais intéressé, et je pensais que la version d’Hendrix était un peu « emphatique ». Je me suis demandé pourquoi les gens pensaient que ce style et ces paroles étaient si incroyables. J’ai pu trouver la réponse facilement. Et puis, il y a 20 ans, on avait le projet d’enregistrer des versions plus orchestrées de mes chansons, mais on n’a jamais trouvé le temps pour le faire. Finalement  le confinement est arrivé, et j’ai pu lancer le processus. Dylan est une influence évidente sur notre groupe The William Loveday Intention (en particulier la période électrique de 1966 – “Blonde on blonde”). Enfant, j’ai aimé le LP “The Times They Are A-Changing” quand il est sorti. On a d’ailleurs repris “Hollis Brown” sur un 45 tours chez Sub Pop au début des années 90 avec le groupe Thee Headcoats. J’ai eu un LP Best of en 1976 et je ne m’en lassais pas. Je suis son plus grand fan. J’ai écouté Bob pendant le confinement, et je peux dire que j’aime un bon 20% de son répertoire (et quasiment tout ce qu’il a sorti avant 1976), soit une moyenne de deux ou trois titres par LP, ce qui fait beaucoup.

D’où vient le nom du groupe ?

C’est un nom de famille. Ma grand-mère maternelle, Ivy Beatrice Loveday, m’a donné comme nom à ma naissance William Ivy Loveday, plus tard changé en William Charlie Hamper (Hamper était le nom de famille de mon père). Et ensuite, ça devient confus, il a changé mon nom en Steven John Hamper, quand il est revenu du service militaire. “Intention” ça vient de mon amour pour Hendrix, je préfère ça à “Experience”.

Tu as participé à l’éclosion du punk anglais avec The Pop Rivets en 1977, comment as-tu vécu cette période ?

J’allais voir X-Ray Spex, the Clash, Sex Pistols, Richard Hell etc. J’avais 17 ans en 1977. J’avais des vêtements peints à la main, les cheveux décolorés. Il y a un film sur les Pop Rivets sur Youtube et des photos de cette période. Cette année-là j’ai vu le premier concert qui m’a marqué en tant que spectateur, The Jam.

As-tu suivi de près à la fin des années 70 l’émergence des premiers parrains du punk comme les New York Dolls ou The Stooges ?

Non, ça ne m’intéressait pas du tout. J’écoutais Buddy Holly, les premiers Rolling Stones, les premiers Beatles, les premiers Dylan, Bill Haley, Little Richard, The Andrews Sisters. Puis sont arrivés les Clash et j’ai été un punk rocker pendant six mois.

Penses-tu que David Bowie et le glam-rock ont d’une certaine manière influencé le début du mouvement punk ?

J’ai entendu ça, mais je ne suis pas d’accord. Je n’aimais pas du tout le glam.

Photo: Alison Wonderland

Être punk en 2022, cela a-t-il encore un sens ?

En fait, j’étais plutôt un hippy – malheureusement ces choses ont refait surface. 

Tu es l’archétype de l’anti-star, tu rejettes le star-système. Quel est ton style de vie ?

Je ne pense pas l’être. Dans la plupart des cas, ces gens font semblant d’être des anti-stars. Il y a des choses auxquelles je ne donne vraiment pas d’importance, contrairement aux autres gens. Je n’aime pas la foule, les concerts, les soirées bruyantes. Je suis plutôt famille, un peu hippy, intéressé par la comédie de la vie et le développement spirituel.

As-tu une communauté de fans ? Si oui, quelle relation as-tu avec eux ?

Je ne sais pas ce qu’il en est de mes fans, mais je sais que je suis vraiment chanceux de vendre assez de vinyles pour pouvoir continuer à en enregistrer de nouveaux. Cela peut paraître assez inhabituel,  étant donné que je n’ai pas de contrat avec des labels, des galeries d’art ou des éditeurs.

Quelle relation avec la presse as-tu entretenue tout au long de ta carrière ?

Pas terrible. J’aime quand on nous comprend. J’aime les papiers qui parlent de ce qu’on est, pas de ce qu’on est pas. Je suis hyper créatif dans le domaine de l’art, de la musique, et la presse n’aime pas trop les types créatifs qui ne rentrent pas dans le moule.

Photo: Alison Wonderland

J’ai lu que tu as joué il y a longtemps dans un stade avec une petite sono pour revendiquer l’authenticité du garage rock qui s’exprime le mieux dans les petites salles, quel souvenir as-tu de cet épisode ?

On avait demandé à jouer dans une tente, pour qu’on ait un bon retour. Je déteste les trucs en plein air et les sonos modernes. On s’est bien éclaté. Il y avait des vieux hippies qui géraient le son, et ils nous aimaient bien. Ils avaient compris notre démarche, ce qui est rare.

Penses-tu faire de la scène prochainement ?

C’est possible. On va devoir bosser pour savoir ce qu’on va jouer sur scène, vu qu’on a enregistré 17 LP en trois ans !

Tu as été le détonateur de la création de beaucoup de groupes, et toi quels groupes, artistes ou albums t’ont donné envie d’acheter une guitare ?

On nous a souvent dit qu’on avait inspiré quelques fous. Les Beatles m’ont inspiré quand j’avais quatre ans.

Quels sont les avantages et les inconvénients de jouer avec son fils ? 

Ça n’a que des avantages. C’est super d’inspirer ses enfants et de travailler avec eux. Mon fils ne joue que sur quelques titres. Il a son propre groupe, The Shadracks, et je produis leurs disques. Il est doué pour l’écriture de chansons, et c’est un homme charmant dans la vie.

Y a-t-il des jeunes groupes prometteurs dont tu pourrais nous parler ?

Je ne suis pas le mieux placé pour répondre à cette question. Le seul que je connaisse c’est The Shadracks. En fait, la dernière fois que je suis allé à un concert de musique “contemporaine”, c’était The Rich Kids en janvier 1978 – je ne plaisante pas !

Penses-tu que l’avenir du rock passe obligatoirement par un retour aux sources du rock’n’roll originel ? 

J’en doute. Tout le monde ne jure que par le “look”, pas par le “son” ni par l’irrévérence. C’est comme les Clash. Tout le monde veut être une pop star.

Billy Childish dans son studio à Londres © Anna Huix

Interview : Frédéric Quennec / Traduction: Nicolas Quennec

Discographie de The William Loveday Intention sur allmusic.com

Site du label Damaged Goods

Publié par theesavagebeat

Ce blog propose des articles, principalement des interviews, sur des artistes ou groupes rock, punk rock et rock garage. Il est basé à Nantes (France). Le nom Thee Savage Beat est un hommage au groupe nantais Thee Death Troy ainsi qu’au titre des Dictators « The Savage Beat ». Ce blog est tenu par Frédéric Quennec et Nicolas Quennec.

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